Stades contre pétrole: Le business Chinois en Afrique

Depuis quelques années, la Chine ne cesse d’offrir des stades de foot aux pays africains qui accueillent la CAN, et le Gabon ne fait pas figure d’exception. Cette année, presque tous les stades de la compétition ont été construits par des entreprises chinoises. En échange, Ali Bongo les laisse se servir dans les réserves pétrolières du pays. Une méthode que la Chine a déjà testée et approuvée ailleurs sur le continent.

C’est dans le stade de l’Amitié sino-gabonaise à Libreville que le coup d’envoi de la CAN sera donné ce samedi. L’arène est l’une des nombreuses du pays à avoir été offerte par la Chine au Gabon depuis 2012. C’est simple, cette année, sur les quatre stades utilisés pour la CAN, trois ont été construits par la Chine. Évidemment, ces dons ne sont pas sans contrepartie. En cinq ans, la Chine est devenue un partenaire commercial important pour le Gabon, qui réalise 19% de ses exportations vers le pays asiatique.

En décembre dernier, le président gabonais Ali Bongo et le président chinois Xi Jinping se sont rencontrés à Beijing pour consolider leur partenariat. Lors de cette réunion, le Gabon est officiellement devenu un « partenaire privilégié  » du pays. Ali Bongo, fraîchement réélu, en a profité pour remercier la Chine sans qui la CAN «  n’aurait pas pu avoir lieu » . Mais si le président gabonais se voit comme l’interlocuteur principal de la Chine sur le continent, il ne faudrait pas oublier que l’Empire du Milieu s’est fait une habitude de filer des stades pour obtenir des matières premières.

Une méthode qui a fait ses preuves

En 2010, la Chine a déjà financé et construit les quatre stades utilisés pour la compétition en Angola. Le coût ? 500 millions de dollars. Un investissement qui, sur le long terme, a évidemment servi les intérêts du gouvernement chinois. « Il n’est pas surprenant de découvrir que depuis 2010, la Chine est devenu le premier importateur de pétrole brut angolais. En sept ans, la Chine a acheté pour 27 milliards de dollars de pétrole, soit cinq fois plus que les États-Unis, le deuxième importateur » , remarque Simon Chadwick, spécialiste de l’économie du sport à l’université de Salford. Même scénario en 2008 : la Chine avait alors aidé le Ghana à la rénovation de deux stades, et en avait construit deux nouveaux.

Résultat des courses, la Chine est maintenant le premier importateur de pétrole et d’or ghanéen. « Pour la CAN 2019 au Cameroun, deux stades vont être construits par la China Machinery Engineering Corporation. Il y a près de dix ans, la Chine avait déjà prêté à des taux avantageux de l’argent au gouvernement camerounais pour aider à la construction des stade de Limbe et Bafoussam, qui seront bien évidemment utilisés pour la CAN 2019. Et devinez ce que possède le pays ? Du pétrole brut. Pour l’instant, l’Espagne est toujours le premier importateur de pétrole camerounais, mais la donne aura forcément changé d’ici la compétition » , assure l’universitaire. Si les pays africains cèdent si facilement à ce marchandage, c’est entre autres car la Chine ne cherche pas à les contrôler. « Ils ont créé un système bilatéral, ce qui contraste de façon significative avec les anciens pouvoirs coloniaux qui cherchent souvent à les dominer » , ajoute-t-il.

Un intérêt purement commercial

Il va sans dire que la Chine se moque éperdument du foot dans cette histoire. Son but n’est pas d’investir dans le football africain. La construction de stades est juste là pour servir la coopération économique avec les pays du continent. Les Chinois ne financeront pas l’entretien des arènes, qui s’avère pour le moins coûteux. « La CAN est pour eux une vitrine. La compétition attire les sponsors, les télévisions et les grands joueurs. Jouer dans des stades à l’apparence moderne et à l’architecture impressionnante permet au Gabon d’envoyer un signal fort ; quant à la Chine, en permettant à l’Afrique de donner une meilleure image, elle est mieux accueillie sur le continent en retour  » , assure Simon Chadwick.

Le foot n’est donc qu’un prétexte. En ce qui concerne sa Super League, le pays ne compte pas sur les jeunes pousses du football africain. Pour Simon Chadwick, « la Chine ne semble pas particulièrement intéressée par les footballeurs africains, contrairement aux footballeurs sud-américains dont elle raffole. Il y a des exceptions, mais pour l’instant les meilleurs Africains restent intéressés par l’Europe et les investissements massifs des clubs de Super League ne concernent pas vraiment le marché africain. » Pour le moment, donc. Car les liens de plus en plus forts qui unissent la Chine au continent africain finiront forcément par donner des idées à certaines stars comme Pierre-Emerick Aubameyang ou Sadio Mané.

PAR SOPHIE SERBINI

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